Le décret du 19 juin 2019.

L’activité de directeur général d’une entreprise publique est-elle un métier hasardeux et à risque au Cameroun ? Plusieurs décrets présidentiels du 19 juin 2019 viennent mettre un peu d’ordre dans le statut général des entreprises et des établissements publics ainsi que sur la rémunération de ceux qui les dirigent. Les derniers textes sur ces sujets remontaient à 1978 ! Le sujet, d’importance, méritait un toilettage, surtout que les révélations sur des détournements d’argent public et de scandales financiers émaillent l’actualité camerounaise des établissements publics ces dernières années. Une tendance qui a également alimenté un climat de suspicion et une forte inquiétude parmi les directeurs généraux du public.

« Au cours des quinze dernières années, la fonction de directeur général d’entreprise publique au Cameroun est devenue risquée car plusieurs se retrouvent en prison ou sont inquiété au motif de détournements de fonds ou d’avoir perçu des rémunérations indues au point ou plusieurs responsables organisent dès leur nomination des cultes religieux pour implorer la grâce divine. Leur objectif n’étant plus de réaliser de bonnes performances pour leur entreprise, mais d’éviter les poursuites et la prison », souligne dans une tribune l’expert-comptable Emile Bekolo, du cabinet d’expertise comptable Bekolo & Partners.

Un cabinet qui vient justement de réaliser une étude sur le nouveau système de rémunération des directeurs généraux. « Cette psychose, que vivent les directeurs généraux des entreprises publiques au Cameroun, est due entre autres à l’ancienneté des textes réglementaires qui encadraient leur rémunération sans tenir compte de l’évolution de l’environnement économique, social et politique du pays », explique le document.

Les décrets présidentiels du 19 juin 2019 apportent-ils les éclaircissements suffisants ? Jusque là, la rémunération, les indemnités et tous les autres avantages des dirigeants de sociétés publiques, ainsi que de leurs adjoints, n’étaient pas indexés sur le chiffre d’affaires des entités dont ils ont la charge. Avec la nouvelle réglementation, « la rémunération sera basée sur le chiffre d’affaires moyen des trois dernières années. » Et en cas de baisse du chiffre d’affaires après trois ans, la rémunération du DG serait diminuée. « Le salaire de base d’un salarié est un droit acquis qui ne peut être diminué sans créer un conflit entre le salarié et l’employeur, relève Bekolo & Partners. Il serait donc préférable de licencier le DG de l’entreprise dont le chiffre d’affaires est en baisse. »

Pour le cabinet d’expertise comptable Bekolo & Partners, les décrets du 19 juin ratent leur cible. Les nouveaux textes « laissent transparaître la volonté de l’Etat de mettre ces entreprises publiques sous tutelle après les scandales financiers de ces dernières années et de leur laisser le moins de marge de manœuvre possible. Mais à trop vouloir les encadrer par des textes, l’Etat dépouille les conseils d’administration de leurs prérogatives, crée des frustrations aux directeurs généraux et tue ainsi la poule aux œufs d’or en compromettant les performances des entreprises publiques », « pour évoluer positivement, l’Etat doit permettre à ces entreprises publiques de fonctionner autant que possible comme des entreprises privées », conclut le cabinet.