En 2016, le Gabon a tenté une opération de lobbying pour renforcer ses relations avec Washington. L’aventure tourne mal et se termine devant les tribunaux américains.

A l’initiative de l’ancien directeur de cabinet du président de la République du Gabon, Maixent Accrombessi, l’Etat gabonais a conclu le 29 janvier 2016 un contrat avec le cabinet d’avocats international Bryan Cave LLP (fusionné en avril 2018 avec le cabinet britannique Berwin Leighton Paisner). Contre une rémunération de 1,38 million de dollars – un peu plus de 800 millions de F CFA -, le cabinet d’avocats accepte la mission de « resserrer les relations diplomatiques » entre le Gabon et les États-Unis.

« Notre relation est une relation de confiance mutuelle. Nous vous encourageons à vous renseigner sur toutes les questions relatives à notre mission, y compris les frais et les dépenses (…) Nous apprécions la confiance que vous avez placée en nous et nous sommes impatients de travailler avec vous”, soulignaient les avocats de Bryan Cave dans la lettre de mission.

Une facture impayée de 1,25 million de dollars

Les avocats du cabinet assurant aussi qu’ils « fourniraient un conseil en relations gouvernementales pour sensibiliser les membres du Congrès et les responsables de l’administration aux préoccupations et problèmes de la République gabonaise sur diverses questions. »

Le dossier de lobbying gabonais était initialement dirigé par Miguel Rodriguez, alors associé au sein du cabinet, chargé de la politique publique et des affaires gouvernementales, aux côtés des conseillers politiques David Russell et Matt Jessee. Rodriguez a quitté le cabinet en 2017 pour devenir premier vice-président chargé des affaires gouvernementales au Center for American Progress. Clare Chmiel, analyste principale des affaires gouvernementales chez Bryan Cave, et Joseph Smallhoover, associé parisien du cabinet, ont alors rejoint l’équipe de lobbying du Gabon en janvier 2017.

Mais depuis mai 2016, le Gabon n’a plus rien versé à son conseil. Une facture de 1,25 million de dollars reste impayée, a déclaré Bryan Cave, le 29 mai 2019, dans un mémoire de cinq pages déposé devant le tribunal de district américain de Columbia, aux Etats-unis. « Malgré la demande de paiement, cette somme n’a pas été payée », a précisé Rodney Page, l’avocat principal du bureau de la société à Washington.

Cette requête fait suite à la sollicitation, en juillet 2018, par les avocats de Bryan Cave, d’un groupe d’arbitrage à Washington pour résoudre ce différend financier. En avril dernier, le conseil d’arbitrage des procureurs du barreau du district de Columbia a entendu les plaidoiries du cabinet Bryan Cave, tandis que deux avocats du gouvernement gabonais participaient aux échanges par téléphone entre la France et le Gabon.

Résultat ? Les arbitres ont ordonné au gouvernement gabonais de payer 1,25 million de dollars d’ici le 3 mai 2019, une somme frappée de 6% d’intérêt en cas de non paiement. Mais le gouvernement gabonais, note Bryan Page, « a ignoré les conditions et n’a pas acquitté le montant des frais en vertu de la décision et de l’attribution. » D’où la saisie de la justice, le 29 mai, par le cabinet d’avocats Bryan Cave Leighton Paisner pour obtenir du gouvernement gabonais le paiement de ces 1,25 million de dollars.

En fusionnant, les cabinets Bryan Cave et Berwin Leighton Paisner ont crée un cabinet d’avocats de 1 600 avocats, présent dans plus de 50 pays.