De notre envoyé spécial en Chine Jean-Michel Meyer

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Pékin ne lâche pas la pression. Du 25 au 27 avril 2019, la Chine a organisé à Pékin le deuxième « Forum de coopération internationale Belt & Road », une initiative qui s’inscrit dans la stratégie de développement des Chinois de « The Belt & Road initiative (BRI) », plus connue sous le terme de la nouvelle route de la soie.

L’événement de trois jours a réuni à Pékin près de 40 chefs d’État ou de gouvernement et rassemblé environ 5 000 participants venus de plus de 150 pays et de 90 organisations internationales. Plusieurs chefs d’Etat : le président russe Vladimir Poutine, le premier président du Kazakhstan, Nursultan Nazarbayev, le président égyptien Abdel-Fattah al-Sisi, le président chilien Eduardo Pinera, le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, le Premier ministre pakistanais Imran Khan et le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres ont pris la parole. Mais c’est la présence du Premier ministre italien Guiseppe Conté qui était la plus commentée et mise en évidence par le pouvoir chinois.

« Tant que nous travaillerons ensemble pour nous entraider, même à des milliers de kilomètres de distance, nous serons certainement en mesure de trouver une route bénéfique pour toutes les parties dans un partenariat gagnant-gagnant », a souligné dans son discours, le vendredi 26 avril, le président chinois Xi Jinping. Ce dernier a appelé à « se concentrer sur l’éradication de la pauvreté, la création d’emplois et l’amélioration des moyens de subsistance des citoyens, afin que la BRI profite davantage à tous et apporte une contribution tangible au développement économique et social local, tout en assurant la durabilité commerciale et financière. »

Pékin multiplie les contacts pour nouer des alliances

Un appel à la coopération lancée à l’ensemble de la planète par le chef de l’Etat chinois en pleine tensions entre Washington et Pékin. Car presque au même moment, alors que les discussions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine semblaient aboutir à un accord entre les deux puissances, le président américain Donald Trump menaçait dans une déclaration surprise, le 5 mai 2019, d’augmenter les tarifs douaniers américains de 10% à 25% sur des produits chinois représentant une valeur 200 milliards de dollars.

Face à l’intransigeance américaine, Pékin multiplie les contacts pour nouer des alliances. Proposée par Xi Jinping en 2013, la BRI a ouvert un nouvel espace économique mondial, s’étendant en moins de six ans d’Asie à l’Europe, à l’Afrique, aux Amériques et à l’Océanie. Plus de 150 pays et organisations internationales ont signé des documents de coopération BRI avec la Chine. De 2013 à 2018, le volume des échanges entre la Chine et ses partenaires a dépassé, selon Pékin, les 6 000 milliards de dollars et les investissements chinois dans ces pays sont supérieurs à 90 milliards de dollars. Durant cette période, jusqu’à 1800 chantiers de routes canaux, lignes de chemin de fer, ports ou de zones industrielles ont été lancés. L’initiative aurait également permis la création de 300 000 emplois sur le tracé de la nouvelle route de la soie. D’après des projections de la Banque mondiale, les projets d’infrastructure et de transports routiers financés dans le cadre de la BRI augmenteraient la croissance du PIB des pays participants de 3,35%.

Même des Américains sont envieux ! « Il est clair que nous, les Etats-unis, n’avons rien de comparable. Nous devons reconnaître que nous devons en faire davantage pour être une puissance plus visible dans le monde et avec plus d’impact », a reconnu lors de ce forum David Rubinstein, l’un des co-fondateur du fonds d’investissement géant américain Carlyle !

Une initiative « vitale pour le développement des pays africains »

« L’initiative Belt & Road est le programme de coordination des investissements dans les infrastructures le plus grand de toute l’histoire de l’humanité », s’enflamme l’intellectuel indo-américain Parag Khanna, auteur de « le futur est en Asie : ordre mondial au 21e siècle. » Pour lui, la BRI est vitale pour le développement des pays africains. « L’Afrique ne sera jamais la nouvelle usine du monde parce qu’avec l’essor de la robotique il n’y aura plus besoin de main d’oeuvre nombreuse, prédit-il. Ce dont l’Afrique a besoin, ce sont des infrastructures au service de l’économie pour permettre aux populations de se déplacer librement sur le continent pour travailler. Et ils ne pourront jamais le faire sans routes. »

Présent à Pékin lors du forum, le président du Mozambique Filipe Nyusi s’est proposé pour faire de son pays la tête de pont pour le développement de la BRI dans les pays de la sous-région.

Des pays africains déjà bien friands d’investissements chinois. « Jusqu’à la fin de la guerre froide, la seule option pour les pays était d’accepter les investissements ou l’aide de l’Europe et des Etats-unis ou bien de l’Union soviétique. Nous sommes désormais dans un environnement où les pays ont davantage de choix dans les financements avec l’initiative Belt & Road. Les Etats peuvent également décider par eux-même de ce qu’ils font. C’est une bonne chose », soulignait l’économiste Ian Goldin, professeur de l’université d’Oxford.

Surtout que la montée de l’endettement des pays africains alimentée par les nombreux prêts accordés par les Chinois ne serait plus un problème. « La dette est un problème global. Il ne faut pas confondre le problème de la dette mondiale avec des questions pouvant être liées à certains projets de BRI », a précisé lors du forum Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Et d’ajouter : “Nous considérons le BRI comme le projet le plus pertinent au monde à l’heure actuelle, dans le contexte de la coopération Sud-Sud, qui contribuerait à une mondialisation plus juste, qui est le meilleur moyen d’avoir un avenir de prospérité partagée entre les différents pays du monde. »

Des réformes annoncées pour ouvrir la Chine

De son côté, le président chinois a annoncé une série de réformes dans son pays afin de créer de nouvelles zones pilotes de libre-échange, de renforcer la protection des droits et intérêts légitimes des propriétaires étrangers de propriété intellectuelle, d’interdire le transfert forcé de technologie, d’établir un mécanisme de mise en œuvre des accords internationaux, de traiter toutes les entreprises avec équité, etc. « Une Chine plus ouverte s’intégrera davantage dans le monde et elle apportera plus de progrès et de prospérité à la fois à la Chine et au monde entier”, a promis Xi Jinping.

Un discours qui tranche avec celui de Donald Trump. Mais l’avantage de Xi Jinping est fragile. Des projets BRI sont contestés et des pays réclament un partage plus équitables des retombées de ces chantiers. Sept « pays-clients » de la Chine ont dénoncé ou renégocié leurs projets. Et les déboires du Sri Lanka avec son port-aéroport d’Hambantota, qui reste désert en pleine jungle. Faute de payer les traites, Colombo s’est vu déposséder pour 99 ans par Pékin de cet outil à 1,3 milliard de dollars.