L’Américain David Malpass, le nouveau patron de la Banque mondiale.

Avis de tempête à la Banque mondiale. C’est un faucon républicain, David Malpass, 62 ans, très critique à l’égard de l’institution financière internationale, que le président des États-Unis Donald Trump, a désigné – un choix validé par les 25 membres du conseil d’administration de l’institution – pour prendre la tête de la banque à l’issue des rencontres de printemps du FMI et de la Banque mondiale, qui ont lieu du 12 au 14 avril, à Washington.

Un loup dans la bergerie ? Pour remplacer l’Américain Jim Yong Kim, qui a démissionné en janvier dernier, David Malpass, sous-secrétaire au Trésor, nommé par Donald Trump en août 2017, s’installe dans le fauteuil de président de la Banque mondiale pour cinq ans. Principal conseiller du secrétaire d’Etat au Trésor sur les questions économiques internationales, David Malpass connaît bien la Maison blanche. Au cours des présidences de Ronald Reagan et de George W. Bush, il a respectivement occupé les postes de sous-secrétaire adjoint au Trésor pour les pays en développement et de sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires économiques de l’Amérique latine.

Depuis 2017, il ne cesse de pilonner l’institution.

Depuis 2017, il ne cesse de pilonner l’institution. Ses premiers pas à la Banque mondiale risquent d’être minés. Comme la plupart des conservateurs américains, David Malpass

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dénonce la lourdeur bureaucratique de l’institution, qu’il compare à un navire sans capitaine, minée par le multilatéralisme « qui est allé trop loin. » Il accuse la banque de s’être « moquées de sa mission » en privilégiant sa propre croissance plutôt que de lutter contre la pauvreté. Et d’asséner qu’elle génère « des montagnes de dettes sans résoudre les problèmes. »

Sous l’impulsion de David Malpass, la Maison-Blanche a accepté en 2018 de soutenir un plan visant à inciter les actionnaires à injecter 13 milliards de dollars dans le capital de la Banque mondiale, à condition d’imposer des limites supplémentaires à ses prêts, de concentrer davantage les ressources vers les pays les plus pauvres et de limiter la croissance des salaires du personnel de la banque.

Autre grief : l’Américain estime que la banque est trop favorable à la Chine, notamment dans son projet de Route de la soie. « La Chine a fait une percée inquiétante dans les banques multilatérales de développement, regrettait-il en décembre dernier, devant le Congrès américain. La Chine absorbe des décennies de savoir-faire financier dans ces institutions, à l’instar de ce qu’elle a fait avec les technologies industrielles. »

« Un pyromane invétéré va désormais être notre chef des pompiers ! »

Les accusations de l’Américain ou ses propositions de réforme (plus de transparence, une meilleure mesure des résultats) trouvent un écho parmi ceux qui réclament depuis longtemps la restructuration de la Banque. Mais ce sont surtout ses opposants qui s’expriment. Aux Etats-unis, la cheffe de file démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, redoute que le candidat de Trump « sape les missions de l’institution. »

De son côté, l’ancien ministre des Travaux publics du Libéria, W. Gyude Moore, a tweeté : « un pyromane invétéré va désormais être notre chef des pompiers ! » Et d’ajouter « je m’interroge sur le fait d’avoir comme président de l’institution une personne qui est fondamentalement opposée à la manière dont la Banque fonctionne. C’est préoccupant. »

A un David Malpass qui se complaît dans un rôle de donneur de leçons, ses détracteurs lui rappellent ses 15 ans passés comme économiste en chef de la banque privée Bear Stearns, qu’il a quitté en 2008, alors qu’elle était en quasi-faillite. Un article qu’il a écrit en août 2007, dans le Wall Street Journal, quelques mois avant le crack immobilier et financier de 2008, refait surface. « Les marchés du logement et de la dette ne représentent pas une part aussi importante de l’économie américaine ou de la création d’emplois. Il est plus probable que l’économie soit robuste et qu’elle se développera de manière solide dans les mois et les années à venir », expliquait-il alors.

« Bien que certaines des critiques de David Malpass soient valables, un ancien chef économiste d’une institution financière dont l’imprudence a contribué à détruire l’économie mondiale en 2008 est l’une des dernières personnes sur lesquelles nous pouvons compter pour faire de la Banque un organisme plus responsable », a déclaré David Pred, le directeur de l’ONG américain Inclusive development international (IDI). Le ton est donné !

The Economist explique que le président américain a choisi pour diriger la Banque mondiale un candidat qui est l’un « des derniers membres les plus qualifiés du gouvernement de M. Trump. » La Banque mondiale et les pays qui bénéficient de son aide pourront faire contre mauvaise fortune bon cœur.

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