Le vice-président ghanéen de l’UA.

Le coup était prémédité. Le 7 février 2019, à la veille du sommet de l’Union africaine (UA), qui s’est tenu du 10 au 11 février était sur le point de s’ouvrir à Addis-Abeba, l’hebdomadaire sud-africain Mail and Guardian publiait une lettre au vitriol du vice-président de la Commission de l’Union africaine, le Ghanéen Thomas Kwesi-Quartey, adressée au président de son pays, Nana Akufo-Addo.

Dans ce courrier, Thomas Kwesi-Quartey tire à boulets sur la gestion

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du président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, et révèle les profondes divisions qui existent au sein du top management de l’UA, tout en éclairant de précédents rapports sur le népotisme et le harcèlement sexuel au sein de l’institution.

Nomination abusive auprès de l’Union européenne

Dans la missive, Thomas Kwesi-Quartey se plaint que le président Moussa Faki Mahamat a joué de son pouvoir pour désigner un « vieux copain » ambassadeur de l’UA à Bruxelles en septembre 2017, le diplomate tchadien Ahmat Awad Sakine. Ce n’était « pas une bonne gouvernance », déplore le Ghanéen. Selon lui, Smaël Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, aurait signé la lettre de nomination de Ahmat Awad  Sakine. Ce dernier nie rapporte l’hebdomadaire : « comme vous le savez, les commissaires n’ont aucune responsabilité administrative. Le bureau de Bruxelles n’est pas sous mon autorité. Donc, cette affaire est tout simplement impossible. »

Thomas Kwesi-Quartey reproche également à Moussa Faki Mahamat de ne pas avoir défini « une idée d’organisation centrale » pour son mandat à la présidence de la Commission de l’UA, affirmant que les efforts pour étudier et débattre des propositions de réforme de la commission étaient « considérés comme un affront intolérable » par le président de la Commission.

En jeu : le contrôle les fonctions des ressources humaines de l’Union africain

L’authenticité de la lettre a été initialement confirmée par la porte-parole de Thomas Kwesi-Quartey, Doreen Appolus, avant de se rétracter. De son côté, le président de la commission de l’UA a refusé de la commenter.

Selon le Mail & Guardian, le conflit entre les deux hommes provient en partie de la question de savoir lequel des deux va contrôler les fonctions des ressources humaines de l’Union africain. Bien que, techniquement, le recrutement et le licenciement du personnel relèvent de la compétence du vice-président, ce dernier aurait été désavoué à plusieurs reprises par son président.

Dans sa lettre, Thomas Kwesi-Quartey a également confirmé des cas de harcèlement sexuel et de discriminations entre les hommes et les femmes au sein de la commission, rapportés pour la première fois dans le rapport M & G en mai 2018. Le rapport complet n’avait pas été publié car, selon le Mail & Guardian il contenait « des détails accablants sur au moins 44 cas de pratiques de travail déloyales, de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles, de fraudes et de népotismes, dont certains impliquent des hauts fonctionnaires. » Aucune mesure n’a encore été prise pour éliminer ces pratiques.

Une institution bloquée

«Un autre problème que j’ai observé au cours de nos six premiers mois au pouvoir a été le très bas du personnel, en particulier de sexe féminin. D’après les plaintes (maintenant confirmées par le rapport indépendant sur le harcèlement sexuel), des contrats à court terme (environ trois mois) ont été délibérément octroyés à du personnel féminin, de sorte que le renouvellement serait alors une négociation entre des parties inégales “, explique le courrier.

Thomas Kwesi-Quartey affirme avoir trouvé a identifié « le rouage à l’origine de cette situation » : Amine Idriss Adoum, qui a dirigé la Direction de l’administration et du développement des ressources humaines de l’UA pendant quatre ans, avant d’être muté à un poste de direction à l’Agence du NEPAD. Ce dernier nie ces allégations, explique l’hebdomadaire. «Je n’ai jamais harcelé, discriminé ou fait de mal à qui que ce soit au sein de l’a Commission de l’UA (AUC) et cela peut être vérifié par une enquête. C’est une fausse accusation et je suis prêt à faire face à toute enquête pour qu’elle soit menée de manière impartiale, indépendante et professionnelle. Vous pouvez vérifier les chiffres et mes dossiers lorsque j’étais à la AUC. J’ai travaillé avec passion pour augmenter le nombre de femmes et de jeunes femmes à la AUC, sous la direction de Nkosazana Dlamini Zuma, et j’ai travaillé dur pour amener davantage de femmes à des postes de direction », a-t-il affirmé.

Le Mail & Guardian assure que selon plusieurs sources au sein de la commission de l’UA, le différend entre le président et son adjoint ont un impact négatif sur les travaux de l’institution panafricaine. « Vous voyez que l’UA ne fait rien parce que la direction est morte », a déclaré l’un d’eux, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « Les États membres gaspillent leur argent. » Pour combien de temps encore ?

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