Le directeur général démissionnaire de l’ENA Amadou Keita.

Directeur général de l’ENA Amadou Keita depuis a adressée sa démission au Premier ministre à la surprise générale. C’est à la suite d’une entrevue entre les deux que le patron de l’école a jeté l’éponge le vendredi 25 janvier 2019.

Le gouvernement n’a toujours pas réagi à cette démission. Mais la décision d’Amadou Keita tombe au plus mauvais moment. En effet,

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le concours d’entrée de l’ENA s’est tenu le 22 décembre 2018. Et les résultats pour recruter 103 élèves énarques étaient attendus pour le 30 janvier 2019. Calculée ou non, la décision du directeur général de l’ENA jette le doute sur la transparence des résultats du concours d’entrée.

Une suspicion qui a poussé l’ensemble des candidats au concours, tous corps confondus, à se constituer en Collectif des candidats au concours d’entrée à l’ENA (3CEENA), le 3 février 2019 à Bamako. Et le 5 février 2019, le collectif mettait en place un bureau et publiait un communiqué : « Cette démission intervenant à quelques semaines de la proclamation des résultats, suscite des interrogations légitimes sur la transparence et la crédibilité de ce concours », attaque le collectif, qui affirme se battre pour « la moralisation et la transparence des concours, qui garantissent l’égalité des chances et promeuvent la justice sociale. » Le communiqué dénonce également le silence assourdissant du gouvernement » et met en garde les autorités : « nous n’accepterons pas de résultats entachés de fraudes sur fonds de favoritisme, de clientélisme et de népotisme. »

Le concours de l’ENA remis en cause

Sans réaction du gouvernement et de commentaires de la part du démissionnaire, la presse malienne relaie les rumeurs qui circulent dans Bamako. Selon cette dernière, Amadou Keita aurait refusé d’intégrer dans les résultats du concours d’entrée de l’ENA, les candidats « officieux », mais recalés, de la présidence et de la Primature.

Pourtant, l’ancien directeur général de l’ENA, qui organisait son deuxième concours d’entrée fin 2018, n’avait laissé de place à aucun doute. Dans une interview accordée au journal le Républicain, le 29 novembre 2018, il expliquait : « à l’ENA, nous essayons d’être le plus transparent possible. Les textes de l’ENA organisent le concours de telle manière que c’est un jury totalement indépendant qui est responsabilisé. Ce jury indépendant supervise toute la procédure de correction et délibère sur les résultats. » Et Amadou Keita d’enfoncer le clou : « à l’ENA, il n’y a que les plus méritants qui sont admis (…) on ne peut pas payer le concours de l’ENA. »

Maître de conférences en droit et science politique de l’université des sciences juridiques et politiques de Bamako, ancien doyen de la faculté de Droit public et ex-membre de la Cour constitutionnelle du Mali, Amadou Keita est-il resté fidèle à ses principes de légalité ? L’homme qui n’a la réputation de céder aux pressions avait déjà démissionner de son poste de conseiller à la Cour constitutionnelle.

Dans ce contexte, l’École nationale d’administration publique (ENAP) du Québec doit attendre avec impatience que ce couac malien trouve une porte de sortie. En août 2018, l’ENA du Mali et l’ENAP ont conclu un plan d’action et de collaboration pour 2018 et 2019. Il portait notamment sur la réforme de l’administration publique malienne. Un chantier toujours d’actualité…

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