La réunion de la dernière chance entre le gouvernement et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) sur les augmentations salariales dans la fonction publique a échoué, le 15 janvier, a deux jours de la grève générale annoncée pour le 17 janvier.

La négociation, organisée au palais du gouvernement de la Kasbah, a vu l’UGTT rejeter la proposition du gouvernement d’accorder une augmentation salariale de 180 dinars en deux tranches au profit des actifs aussi bien que des retraités. De son côté, le syndicat réclame une enveloppe de 2 milliards de dinars (576 millions d’euros) pour augmenter les agents de la fonction publique. L’UGTT exige ainsi des augmentations de salaires plus importantes que les 130 à 180 dinars (40 à 55 euros) étalés sur deux ans proposés par le gouvernement, pour contrer la baisse du pouvoir d’achat due à l’inflation, qui a atteint 7,5% en 2018.

Augmentations de salaires

Pour éclaircir la question salariale dans la fonction publique, l’Institut national des statistiques (INS) a publié récemment une étude sur l’évolution du salaire brut mensuel moyen. « En 2016, le salaire brut moyen s’établit à 1580,7 dinars mensuel (455 euros, NDLR) en hausse de 13,8 % par rapport à 2015, soit un écart de 191,8 dinars (55,3 euros, NDLR), entre 2015 et 2016. La hausse importante du salaire brut moyen en 2016 est due, d’une part, à des augmentations des salaires allouées aux agents de la fonction publique par décret gouvernemental n° 2016-1 du 5 Janvier 2016 publié dans le journal officiel au titre de l’année 2016. Ces augmentations sont réparties entre augmentation générale et augmentation spécifique », souligne l’INS.

De plus, précise l’Institut, les augmentations salariales des employés de l’Etat ont toujours compensé la progression de l’inflation. Entre 2010 et 2018, toujours d’après l’INS, le taux d’inflation dans le pays a grimpé de 47,7 % alors que la moyenne globale de la hausse des salaires nets, a augmenté de 65,1 %. Un chiffre qui va à l’encontre des chiffres et de l’analyse de l’UGTT.

Faute d’accord, les fonctionnaires se sont donc retrouvés dans la rue le 17 janvier pour une grève de 24 heures. Le dernier mouvement sociale de la fonction publique remontant au 22 novembre 2018. Car le secteur public est traversé par des tensions depuis des années. Les 198 000 agents de l’Education nationale, qui forment le plus grand bataillon de fonctionnaires tunisiens, mènent ainsi depuis des mois des grèves du zèle.

Des élections législatives et présidentielle prévues fin 2019

Le 17 janvier, selon une source syndicale, 90% des 677 000 fonctionnaires et des 350 000 employés des entreprises publiques ont suivi le mouvement de grève. Transports, écoles et administrations ont été paralysés et l’aéroport de Tunis a quasiment été à l’arrêt, en dépit d’un décret gouvernemental publié in extremis mercredi exigeant un service minimum.

Des slogans “Dégage, gouvernement du FMI”, ou “Chahed, lâche, le peuple tunisien n’accepte pas l’humiliation” ont émaillé les manifestations en signe de reprocha fait au Premier ministre Youssef Chahed de céder aux directives du Fonds monétaire international (FMI).

Très lourdement endetté auprès de bailleurs étrangers, la Tunisie a obtenu en 2016 du FMI un prêt de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans, en promettant de mener de vastes réformes et de diminuer le poids de la fonction publique dans le PIB.

Ce mouvement de grève est une manière pour l’UGTT de monter en régime et de compter ses troupes dans la perspectives des élections législatives et présidentielle prévues fin 2019. Des scrutins dans lesquelles l’UGTT compte peser.