Le quartier général de la force du G5 Sahel aura été localisé une petite année à Sévaré, près de Mopti, dans le centre du Mali, pour partir s’installer à Bamako début octobre 2018, selon un communiqué de l’état-major français des forces armées, fin septembre.

C’est le 9 septembre 2017, que le président malien Ibrahim Boubacar Keïta s’était rendu à Mopti, à 600 kilomètres au nord de Bamako, pour inaugurer le poste de commandement opérationnel du G5 Sahel, composé de forces militaires des pays de la sous-région : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. L’objectif : lutter contre le terrorisme. Et l’avantage de Sévaré, en tout cas il y a un an, est de mener vers le grand nord du Mali.

L’avantage de s’installer à Bamako ? Selon des militaires, « les facilités logistiques et de télécommunication de Bamako devraient permettre au quartier général du G5 Sahel de mieux coordonner les opérations avec ses états-majors sur le terrain. » Bamako où se trouve aussi déjà le Collège sahélien de sécurité (CSS), un organe de formation du G5 Sahel.

Mais ce transfert est surtout la conséquence de l’attaque terroriste qui a frappé le QG de Sévaré le 29 juin 2018. Trois jours avant la visite d’Emmanuel Macron à Nouakchott et en Mauritanie, un pick-up piégé avait soufflé une partie des bâtiments et fait trois victimes.

Le pari risqué de Sévaré?

Cet attentat avait confirmé que le choix de Sévaré était un pari risqué, avec un quartier général de la force du G5 Sahel installé à la croisée des zones d’influence de trois groupes jihadistes et à quelques kilomètres seulement des frontières mauritaniennes et burkinabè. Etait-ce bien la place d’une autorité de commandement ?

Les autorités militaires ont tranché, peut être provisoirement. Le déploiement à Bamako ne devrait durer que le temps de la reconstruction du commandement de Mopti. Après l’attentat de juin dernier, l’Union européenne avait annoncé qu’elle allait « financer la totalité de la reconstruction d’un nouveau quartier général. »

Mais ce déménagement ne fait pas l’unanimité au Mali. Les commentaires ont fusé dans la presse malienne. « Ce déménagement pourrait s’apparenter à une première défaite face au défi terroriste », a jugé l’analyste politique Abdourhamane Dicko.

« En laissant le commandement de la Force conjointe s’installer à Bamako, la communauté internationale attire les terroristes dans la capitale. Est-ce le vrai but de la création de cette force? », s’est interrogé Hachi Cissé, chroniqueur politique de l’hebdomadaire indépendant Le Matin.

Plus fataliste, l’ancien Premier ministre malien Moussa Mara a expliqué, dans une tribune, que « dans vingt ans, nous ferons encore face à du terrorisme, au moins sous forme de fièvres locales et péri-urbaines, avec une évolution probable du champ d’action vers la cybercriminalité, le banditisme, les enlèvements pour se financer… La force doit s’adapter à ces évolutions. »