L’ex-procureur général israélien Yehuda Weinstein recruté par le Rwanda.

Le Rwanda de Paul Kagamé multiplie les actions pour être reconnu sur la scène internationale. Le pays des mille collines ne brigue pas seulement le secrétariat général de la francophonie, il chercherait aussi à occuper un fauteuil à L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui regroupe les 36 pays les plus développés de la planète.

C’est en tout cas l’affirmation du quotidien israélien, le Jérusalem Post, dans un article publié le 28 août dernier et et confirmé par Rwanda today, dans son édition du 9 septembre 2018.

Selon le quotidien israélien, les autorités rwandaises auraient recruté deux anciens hauts responsables israéliens, l’ex-procureur général Yehuda Weinstein et l’ancien ambassadeur à l’ONU Ron Prosor après une rencontre avec la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo (et qui postule à la tête de la francophonie). Leur mission : entreprendre les démarches d’adhésion et opérer des actions de lobbying pour pousser la candidature de du Rwanda à l’OCDE.

Yehuda Weinstein qui se définit comme un africaniste avait approuvé en 2014, en tant que procureur général, l’accord signé entre le gouvernement israélien et l’Ouganda pour rapatrier des milliers de réfugiés en Afrique.

Cinq ans pour réussir

Pour l’instant, les autorités rwandaises n’ont pas confirmé officiellement. Louise Mushikiwabo a toutefois déclaré KT Press : « le processus est au niveau de l’exploration et de la collecte d’informations et définir les étapes préparatoires. La demande d’adhésion sera à un stade ultérieur. Nous vous tiendrons informés ».

Pour l’ex-procureur général Yehuda Weinstein, sa mission est plus avancée : « Après nous avoir montré leur enthousiasme à adhérer à l’OCDE, les autorités rwandaises nous ont embauché. On nous a dit vous avez de l’expérience, vous l’avez fait en Israël, vous pouvez le faire pour le Rwanda. », a-t-il confié au Jerusalem Post.

Israël a en effet adhéré à l’OCDE en 2010, après trois ans de procédure. L’équipe de Yehuda Weinstein et de Ron Prosor, assistés par l’avocat vétéran Ron Dror et le légiste Yael Hadad, ont cinq ans pour réussir. Cette task force a déjà pris contact avec certains des 200 comités et groupes de travail de l’OCDE.

Cette coopération est possible depuis le réchauffement des relations entre le gouvernement israélien et le Rwanda de Paul Kagamé qui entretiennent des relations économiques, militaires et diplomatiques. Ce dernier qui s’est rendu plusieurs fois à Jérusalem a ainsi prononcé un discours conjoint avec le président israélien Reuven Rivlin et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de leur rencontre à Jérusalem le 10 juillet 2017.

Se rapprocher des investisseurs privés

« Je ne peux pas dire si le Rwanda remplit les critères d’adhésion à l’OCDE, mais le Rwanda a de grandes ambitions pour devenir un pays à revenu intermédiaire et rejoindre l’OCDE peut l’aider à atteindre cet objectif », a confié à Rwanda Today, Jo Lomas, le haut-commissaire britannique au Rwanda.

Selon des indiscrétions rapportées par Rwanda Today, le gouvernement du Rwanda serait d’abord motivé par « son désir profond » d’avoir un meilleure image à l’international, d’être un acteur politique plus présent à l’échelle mondiale et accéder de manière privilégiée aux investisseurs privés.

« L’adhésion à l’OCDE exigerait que le Rwanda respecte les normes internationales les plus élevées en matière de gouvernement, d’environnement des affaires et de relations internationales. Il est donc dans l’intérêt mutuel du Rwanda et de la communauté internationale qu’ils y parviennent – et nous espérons que… d’autres pays africains suivront son exemple », a précisé de son côté Ron Prosor.

Et l’ancien ambassadeur d’ajouter : « L’Afrique est le seul continent non représenté à l’OCDE, et je pense que tout le monde devrait applaudir le Rwanda sa volonté de franchir la barrière et de devenir le premier pays africain à rejoindre l’organisation. »

Dans le passé, l’Afrique du sud avait fait une tentative d’adhésion à l’OCDE, mais elle avait été recalée pour ses méthodes de gouvernance.

L’équipe de lobbyistes israéliens mise sur la volonté du secrétaire générale de l’OCDE, Ángel Gurría, ancien ministre des Finances du Mexique, d’ouvrir l’institution aux pays en développement. En 2010, il a contribué à faire adhérer le Chili et la Colombie en mai 2018. A quand un pays africain qui n’ait pas qu’un fauteuil d’observateur ?