L’ouvrage de l’Ipemed sur « La verticale, pour un avenir commun, une fondation pour accélérer l’intégration régionale »

C’est bien connu, la nature à horreur du vide.

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« AfricaFrance n’est plus à l’ordre du jour à l’Elysée. Le président Emmanuel Macron ne veut plus entendre parler de cette initiative de François Hollande. Pour lui et son entourage, c’est ringard de parler de France Afrique. Il faut désormais parler d’Europe et d’Afrique », résume un entrepreneur africaniste proche du pouvoir.

Un nouvel espace s’ouvre dans lequel s’engouffre l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed). « Aujourd’hui, le bon espace est la verticale qui relie l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe », confirme Jean-Louis Guigou, le président de l’Ipemed.

Après l’arrêt et la liquidation discrète d’AfricaFrance, fin 2017, et le départ à la retraite de son directeur général Jean-Michel Debrat (voir l’article du 7 février 2018 : Fin de partie pour AfricaFrance), l’Ipemed – soutenu par des fonds privés – élargit son champ d’action pour être en passe de devenir le centre de gravité des relations économiques entre l’Afrique et la France en particulier et des relations entre l’Afrique avec l’Europe en général.

« Le dépeçage d’AfricaFrance se déroule de manière très pragmatique, sans qu’il n’y ait la nécessité de programmer et d’organiser des réunions interministérielles », poursuit cet entrepreneur africaniste.

L’africanisation de l’Ipemed s’accélère

Le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), mis en place par Emmanuel Macron en août dernier, reprend l’essentiel des missions de la défunte AfricaFrance, notamment dans l’animation et l’organisation des relations avec le continent, et surtout avec sa jeunesse. De son côté, l’Ipemed en reprend les clusters mis en place par AfricaFrance (entrepreneuriat et innovation sociétale, finances, culture, agro-industrie, mode, sport, entrepreneuriat et leadership féminin…).

Une évolution qui accélère l’africanisation de l’Ipemed. Elle était déjà en marche depuis l’origine se défend son président. « Dans les statuts de l’Ipemed, il est écrit que l’institut doit rapprocher, par l’économie, les deux rives de la Méditerranée, mais nous avons dit dès le départ que l’Ipemed devait contribuer par la suite à rapprocher les deux continents. Je reste sur la Méditerranée, mais il faut s’africaniser », explique Jean-Louis Guigou.

L’Ipemed fonde sa nouvelle légitimité dans le discours d’Emmanuel Macron, du 29 août 2017, lors de la semaine des ambassadeurs : « la stratégie que je veux mettre en œuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. (…) Nous devons arrimer ensemble, enfin, les continents européens et africains, à travers la Méditerranée, le Maghreb restera pour cela une priorité centrale pour la France, dans tous les domaines de notre coopération, qu’elle soit économique, politique, mais également culturelle », déclarait ainsi le président de la République.

Une vision partagée et élaborée en parallèle à l’Ipemed, qui planche sur les outils à élaborer pour arrimer les deux continents. Sorte de feuille de route, l’ouvrage publié par l’institut en novembre 2017, intitulé « La verticale, pour un avenir commun, une fondation pour accélérer l’intégration régionale » détaille, sur le volet économique, la nécessité de cet arrimage pour bâtir une grande région entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe : « la région AME », insiste le président de l’Ipemed.

La grande région Afrique, Méditerranée, Europe

« La fondation La Verticale AME doit devenir le creuset intellectuel et politique de la grande région Afrique – Méditerranée -Europe », à l’image de ce qui existe déjà sur les autres continents, avec l’Organisation des Etats américains, outre-Atlantique, et, en Asie, avec les Sommets de l’Asie orientale (East Asia summits). Des réseaux de laboratoires qui réunissent des centaines de chercheurs et brassent des millions voire des milliards de dollars.

« Pour assumer ce rôle, la Fondation La Verticale AME aura cinq programmes » :

« Une fonction d’intégration et de mutualisation des informations stratégiques ;

Une fonction de think tank pour combler le déficit de connaissances sur cette région et produire des idées nouvelles tournées vers l’avenir ;

Une fonction d’animation d’un mouvement de chefs d’entreprise afin de centrer cette intégration régionale sur des projets concrets de développement (les verticales sectorielles) ;

une fonction de brassage de décideurs du Nord et du Sud, des secteurs publics, privés et associatif, à travers des séminaires de haut niveau ;

une fonction de médiation et d’influence auprès des institutions internationales et des gouvernements. »

Au cœur du dispositif, les verticales sectorielles qui sont au nombre de six initialement : énergie, eau, agriculture et agroalimentaire, ville durable, numérique et coproduction PME.

Quand au rôle de l’Ipemed. « L’institut sera une tête de réseau parmi tous les autres laboratoires. Des réseaux qui seront composés de cinq laboratoires européens, cinq arabes et cinq africains », complète Jean-Louis Guigou.

Chaque verticale sectorielle sera doté d’un groupe de travail international, censé « alimenter le débat. » Ils regrouperont « 15 Africains, 15 Méditerranéens et 15 Européens, représentant 15 experts, 15 entrepreneurs et 15 politiques ou représentants de la société civile », détaille l’ouvrage de l’Ipemed.

L’Ipemed en discussion avec Bruxelles

En parallèle, l’Union européenne poursuit l’élaboration du Plan d’investissement extérieur (PIE), le plan Junker pour l’extérieur, destiné à faciliter « les investissements dans les pays partenaires d’Afrique et du voisinage de l’Union européenne ».

Le PIE devrait mobiliser plus de 44 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2020 et s’articuler autour de trois piliers : l’un financier, l’autre d’assistance technique, notamment auprès de la diaspora, et un dernier pilier pour la promotion d’un climat favorable aux investissements.

Le 25 avril 2018, Jean-Louis Guigou était à Bruxelles pour un entretien à la Commission avec Stefano Manservisi, le directeur général de la DG Devco, consacrée à la Coopération internationale et au développement. Les deux hommes sont en discussion pour que l’Ipemed pilote le troisième pilier de l’action européenne : pour la promotion d’un climat favorable aux investissements, dont la vocation est de faciliter un dialogue structuré entre les entreprises, les gouvernements et les administrations en Europe, autour de la Méditerranée et en Afrique.

Si ces chantiers aboutissent, autant en France qu’à l’échelon européen, ils devraient être mis en place d’ici septembre 2018. En attendant, pour avancer, l’Ipemed se rattache à un fil rouge, né de l’une des conclusions du sommet de La Valette sur la migration, qui a réuni en novembre 2015 les chefs d’Etat et de gouvernements de l’UE et de l’Afrique : « poursuivre la réflexion stratégique en vue de continuer à promouvoir une intégration économique régionale entre les pays européens, les pays du sud de la Méditerranée et les pays subsahariens. »

D’ici là, les pays de la rive sud de la Méditerranée devraient de leur côté confirmer leur engagement dans cette voie lors du sommet de l’Union africaine, en juillet prochain.

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