La note intitulée « Zone franc, pour une émancipation au bénéfice de tous. »

C’est par une note de 29 pages, intitulée « Zone franc, pour une émancipation au bénéfice de tous », que l’africaniste Dominique Strauss-Kahn apporte sa contribution au débat très controversé sur le franc CFA.

L’Ancien directeur général du FMI ne propose pas de révolution, mais adopte un ton de consensus, à la fois pour apaiser le débat et « dissiper tout soupçon de néocolonialisme » afin de trouver des solutions qui conviennent aux camps opposés sur le sujet.

Pour DSK, les planètes s’alignent pour ouvrir le temps de la réflexion pour engager des réformes. « Une avancée s’est produite en 2017. Durant l’été, la Zone franc a fait l’objet d’une contestation publique, émanant de la société civile et, notamment, d’experts africains. A l’automne, le président de la République française s’est publiquement déclaré ouvert à des propositions de réformes émanant des responsables africains. Parallèlement, les discussions s’intensifient sur l’intégration économique et monétaire du continent africain, notamment en Afrique de l’Ouest », relève-t-il.

“La France assume, seule, un risque financier non rémunéré.”

Il est également temps d’agir parce que la Zone franc présente plusieurs défauts « qui en limitent les potentiels bienfaits », écrit-il dans sa note. Dominique Strauss-Kahn relève ainsi l’impossibilité de modifier la parité et l’absence de dissociation entre les régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, ainsi que la faiblesse de l’intégration régionale : « le marché commun est encore inachevé en Afrique de l’Ouest (région dotée de traditions d’échanges) et il est demeuré en grande partie nominal en Afrique Centrale (régions de forêts aux échanges traditionnellement limité et, aujourd’hui, sous l’empire de la rentre pétrolière) », détaille l’ancien directeur général du FMI.

Certaines idées reçues demandent également à clarifier, plaide l’ancien ministre français de l’Economie, comme « la détention de réserves africains » par la France. Et qui « ne représente pas l’avantage que certains imaginent ». Ainsi « la France assume, seule, un risque financier non rémunéré, pour lequel l’opinion africaine ne lui accorde guère de crédit et dont le bénéfice commercial est partagé avec toute la zone euro. » Et d’insister : « l’avantage tiré de la parité fixe CFA-euro s’étend aux autres pays de la zone euro et qui ne participent à la couverture du risque.»

Pour Dominique Strauss-Kahn, c’est une réflexion de fond qui doit s’ouvrir et il met en garde contre les réformes cosmétiques. « Il faut échapper à deux tentations. La première serait une réforme de la Zone franc limitée aux symboles. Certes, ces derniers sont peu défendables, à commencer par le nom même de franc CFA », reconnaît DSK. Et l’économiste de rappeler l’origine du sigle CFA : « Colonies françaises d’Afrique » et substitué par la suite par « Communauté financière africaine » en Afrique de l’ouest et par « Coopération financière en Afrique » en Afrique centrale. « S’en tenir à une réforme des symboles constituerait une terrible occasion manquée au regard des défis qui attendent la Zone », insiste-t-il.

Il « est urgent de moderniser la Zone franc. »

Les débats doivent être à la hauteur des enjeux que doit affronter le continent africain. « Des mutations économiques et sociales majeures se profilent pour les prochaines décennies : la population africaine doublera d’ici à 2050 », rappelle DSK. Et « l’urbanisation s’imposera largement entraînant des mouvements de population massifs et l’insertion dans les échanges internationaux sera transformée. »

Mais Dominique Strauss-Kahn prévient aussi des pièges qui guettent ceux qui veulent réformer la Zone franc, une « erreur serait de confondre ces transformations avec une remise en cause de la stabilité des changes, à laquelle les pays concernés sont, à juste titre, attachés. » Pour l’économiste, «  la coopération monétaire doit apporter aux pays concernés une plus grande ouverture au monde. La stabilité financière, la maîtrise de l’inflation et le lien avec une grande monnaie internationale sont des acquis des unions monétaires africaines qui doivent être mieux reconnus. »

Puisqu’il « est urgent de moderniser la Zone franc », DSK préconise de réattribuer les sièges détenus par la France dans les conseils d’administration des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants étrangers, d’élargir l’ancrage de la monnaie à des devises autres que l’euro, assurer une meilleure coordination économique des économies de la région, et élargir l’Uemoa au Ghana.

Dominique Strauss-Kahn invite ainsi les décideurs africains à « modifier les règles de décision pour permettre une souveraineté africaine collective, instaurer une convergence effective, fondement d’une solidité monétaire endogène, relancer l’intégration régionale, ouvrir la coopération monétaire sur de nouveaux interlocuteurs et partenaires et, enfin, faire de l’élargissement et de la modernisation du dispositif un levier pour mobiliser la communauté internationale et les investisseurs privés en faveur de l’Afrique. »