Sur terre comme sur mer, la Tunisie veut cadenasser ses frontières. Au cours de sa visite à la base navale principale de Bizerte, le 10 octobre 2017, le ministre de la Défense nationale, Abdelkarim Zebidi, a annoncé qu’un “système de surveillance électronique du littoral sera mis en place d’ici fin 2019 ». Réalisé en collaboration avec les Etats Unis, il sera destiné à renforcer les capacités de l’armée de mer.

Un dispositif qui sera complété, au cours de l’année 2018, par l’acquisition de quatre navires de patrouille de haute mer (OPV). Opérationel également en 2018, un centre de formation professionnelle en plongée sous-marine et en activités subaquatiques sera mis en place à Zarzis, a encore annoncé Abdelkarim Zebidi.

« Le ministère de la Défense nationale veille à améliorer les capacités opérationnelles de l’armée de mer particulièrement en matière de lutte contre le crime organisé, la contrebande et la migration clandestine », s’est justifié le ministre.

La vigilance est également de mise sur terre. La frontière entre la Tunisie et la Libye s’étale sur 450 kilomètres. Cette zone essentiellement désetique est le maillon faible du dispositif sécuritaire élaboré par Tunis. Rien que les trafics illicites et la contrebande qui s’y développent occasionnent une perte estimée à 266 millions d’euros par an dans le budget de l’Etat tunisien.

Mais la frontière tuniso-libyenne est surtout devenue la porte d’entrée des terroristes islamistes, concentrés notamment dans la région de Syrte. A l’été 2015, les Nations unies alertait Tunis sur le nombre croissant de leurs ressortissants combattant dans les rangs de Daech (4000 en Syrie et 1500 en Libye) et qui pourraient revenir dans le pays pour y préparer des attentats.

D’où la volonté des autorités tunisiennes de renforcer la protection physique de la ligne frontalière par une surveillance électronique à la suite d’un accord conclu dans ce sens avec les Etats-unis et l’Allemagne. Dès 2016, un premier contrat de 24,9 millions de dollars était passé avec la société Aecom, un bureau d’études et de conseil en ingénierie américain de 45 000 employés et basé dans 150 pays, dans l’objet consiste à installer « un système de surveillance intégrée basé sur des capteurs à distance ainsi que des équipements de base pour la sécurité des frontières », précisait l’ambassade américaine à Tunis. Un contrat qui prévoit aussi les « formations afférentes pour l’armée tunisienne et la Garde nationale.”

Le 3 octobre dernier, le ministre de la Défense détaillait l’avancée de ce mega-projet. Il expliquait alors que la première tranche du système électronique permanent, commencée en février 2017 et s’étalant sur 180 kilomètres, entre Ben Guerdane et Dhehiba, devrait s’achèver au milieu de l’année 2018. Tandis que la seconde partie du projet, reliant Dhehiba à Borj El Khadhra, soit une distance de 210 kilomètres, financée par l’Allemagne et réalisée par les Etats-unis serait terminée vers la fin de 2019 ou au début de 2020.

Par ailleurs, les contributions américaines et allemandes se traduisent également par le développement des capacités opérationnelles des forces armées tunisiennes en matière d’équipements, de formations, d’échanges d’expertises et de coordination en matière de renseignements dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Concrètement, les Allemands fourniront ainsi des véhicules blindés pour renforcer la sécurisation de la frontière avec la Libye. Et un système de surveillance électronique mobile, composé de drones, doit être opérationnel pour la fin de l’année.

Le coût du projet global, financé et exécuté par les Etats-Unis et l’Allemagne, est estimé à 200 millions de dollars (170 millions d’euros).