Le formulaire de dénonciation de fonctionnaires fictifs.

Le ministre des Finances du Cameroun, Louis Paul Motaze, donne trois mois à ses équipes pour recenser tous les fonctionnaires d’Etat et expurger des effectifs de l’administration camerounaise les agents fantômes.

D’avril à juin 2018 se déroulera ainsi l’opération de Comptage physique des personnels de l’État (COPPE). Une opération qui s’impose à tous les fonctionnaires d’Etat sous peine de sanctions financières. « Le comptage physique dont il s’agit s’adresse essentiellement aux personnels physiques émargeant au fichier solde de l’Etat comme salariés et justifiant d’une présence effective à leur poste d’affectation, le ministre des Finances rappelle le caractère obligatoire de cette opération qui impose à tout agent public, de se soumettre aux exigences de sa mise en œuvre sous peine de suspension pure et simple de solde », indique ainsi le communiqué du ministre des Finances, publié le 18 avril.

Rationalisation de la dépense salariale

Le but est clair : « identifier et expurger du fichier solde de l’Etat tous les agents publics y émargeant irrégulièrement du fait d’une absence non justifiée, d’une démission ou d’un décès non déclaré », annonce le communiqué. Les données seront traitées jusqu’en septembre et l’opération Coppe 2018 se déroulera avec l’appui « des banques, des établissements de microfinance et les postes comptables assignataires. »

Le ministre des Finances n’a avancé aucun chiffre. Mais selon la presse camerounaise, le pays compterait entre 10 000 et plus de 20 000 fonctionnaires fictifs. Plusieurs opérations de comptage ont déjà été engagées par le ministère de la Fonction publique ou celui des Finances, mais visiblement l’opération doit être renouvelée. Depuis 2006, 4 255 agents publics « fantômes » ont ainsi été radiés, ce qui représente une économie pour l’Etat de 9,7 milliards de F CFA par an (14,2 millions d’euros).

Mais le gouvernement veut accélérer le comptage de son effectif, « dans le cadre du processus de rationalisation de la dépense salariale. » Et c’est sur l’amicale suggestion et soutien des bailleurs de fonds internationaux, dont le FMI, qui apporte son assistance financières au Cameroun en contrepartie de réformes budgétaires et de maîtrise de la dépense publique, que le ministère des Finances lance l’opération COPPE 2018.

Des effectifs multipliés par deux en 10 ans

Car en dix ans, les effectifs de la fonction publique ont quasiment doublé, passant de 163 000 fonctionnaires d’Etat en 2006 à 322 000 en 2017. De fait, l’augmentation de la masse salariale que représente la solde des fonctionnaires dans le budget de l’Etat a suivi la même tendance. En 2006, elle s’élevait à 393 milliards de F CFA (599,1 millions d’euros). Dans le budget 2017, elle atteignait 945 milliards de F CFA (1,44 milliard d’euros).

« Le comptage physique à la caisse nous permet de vérifier que l’agent qui perçoit le salaire est effectivement en vie et qu’il travaille. La deuxième raison, c’est que nous sommes sous-programme avec nos partenaires au développement et ce programme vise à assurer une consolidation budgétaire, à assainir la dépense publique, donc il est important que nous puissions faire des opérations pareilles. Il n’y a pas que le comptage physique, nous avons la sécurisation du fichier des ayant droits, le contrôle des rappels et d’autres opérations que nous allons mener », a détaillé Edou Alo’o Cyrille, le directeur général du Budget.

Et au cas ou le travail des agents du fisc ne s’avérait pas suffisant, les autorités invitent la population à dénoncer les fraudeurs. Les dénonciateurs peuvent ainsi remplir un formulaire de dénonciation en ligne sur le site internet du ministère des Finances, composer un numéro d’appel ou envoyer un SMS. L’opération de comptage prend se transforme en véritable chasse en meute des fonctionnaires fictifs.