Le nouveau directeur général de la SEEG, Marcellin Massila-Akendengué, ex-conseiller technique du ministre de l’Eau et de l’Energie.

Tout a basculé en quelques jours pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), filiale du Français Veolia. « Ce jour, le vendredi 16 février 2018, l’Etat Gabonais a mis fin à la convention de concession qui le liait à la SEEG – Veolia (…) Les forces de l’ordre ont pris possession des locaux de la SEEG pour réquisitionner les bureaux de la filiale du groupe français Veolia », a résumé un communiqué signé du ministre de l’Eau et de l’Energie, Patrick Eyogo Edzang.

Trois jours plus tard, le 19 février, c’était la totalité du management de l’opérateur qui était débarquée et remplacée dans la foulée par une équipe composée uniquement de Gabonais. Antoine Boo cédait son fauteuil de directeur général à Marcellin Massila-Akendengué, conseiller technique du ministre de l’Eau et de l’Energie. Il est entouré de cinq directeurs adjoints ou de conseillers, qui sont tous d’anciens cadres dirigeants de la SEEG, mis à part le conseiller stratégique des questions financières Félicité Obiang Nzue. La nouvelle équipe est en place pour un an, à la fois pour assurer la continuité du service public afin d’alimenter le pays en eau et en électricité et pour donner le temps au gouvernement de désigner un repreneur, à la suite d’un appel d’offres international.

Pourquoi de telles mesures radicales ? « La dégradation de la qualité du service rendu aux usagers, les efforts financiers consentis par l’Etat non suivis des effets escomptés et les plaintes récurrentes des populations (…) Il convient également de noter l’échec des négociations entre les deux parties (…) portant sur la prorogation pour une durée de cinq ans de la convention de concession », a résumé le communiqué du ministre de l’Eau et de l’Energie.

Filiale de Veolia à 51% (49% à l’Etat gabonais et une poignée d’investisseurs), la SEEG a vu le jour dans le cadre d’un partenariat public-privé en 1997. Elle détenait le monopole de la distribution de l’eau et l’électricité dans le pays. Après un premier contrat d’une durée de 20 ans, la SEEG avait vu son bail reconduit pour cinq ans en mars 2017.

Mais l’Etat gabonais et Veolia étaient à couteaux tirés depuis des mois. « La SEEG regrette la décision soudaine prise ce jour par le ministère de l’Eau et de l’Energie du Gabon de rompre la convention de concession et l’usage brutal des forces de l’ordre gabonaises qui ont réquisitionné l’entreprise » a répliqué la filiale du groupe Veolia dans un communiqué publié le 16 février. L’opérateur a poursuivi sa défense sur son compte twitter le jour même : « Nous attendons aujourd’hui que l’Etat Gabonais respecte les règles de droit applicable. »

L’Etat a justifié sa décision par les nombreuses coupures et pénuries d’eau qui exaspèrent les habitants de Libreville. Une situation qui a dégénéré, avec une manifestation d’usagers, le 12 février 2018, devant le siège de l’entreprise. Un épisode houleux qui a entraîné le 15 février, sur instruction du président de la République, la convocation d’Antoine Boo, le directeur de la SEEG, et du ministre de l’Eau et de l’Energie, Patrick Eyogo Edzang, par le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Brice Laccruche Alihanga. « Le problème de l’accès à l’eau et à l’électricité se répète à tel point que la population ne supporte plus cette situation. Partout dans la capitale, le sentiment d’insatisfaction est perceptible. Pas plus tard qu’avant hier, des consommateurs se sont réunis devant la SEEG pour exprimer leur désarroi et leur mécontentement. Cette situation ne peut pas perdurer », menaçait, la veille, le directeur de cabinet.

Pour justifier leur décision, les autorités gabonaises s’appuient notamment sur audit du cabinet Deloitte réalisé en 2016. « La revue des obligations en matière de gestion commerciale, de qualité et de performance de services met en évidence plusieurs manquements », assène le rapport d’audit.

Dans une lettre ouverte que vient de publier le secrétaire général du Groupe Veolia, Helman le Pas de Sécheval précise de son côté qu’au « moment où je vous parle, l’Etat est encore redevable de près de 41 milliards de F CFA (62,5 millions d’euros, NDLR). Et ce malgré le protocole d’apurement des dettes signé l’année dernière. » Considéré comme l’un des plus grands employeurs et des investisseurs étrangers au Gabon, le groupe précisé aussi qu’il « a investi 366 milliards de F CFA, environ 558 millions d’euros, au Gabon depuis 1997. »

La guerre des chiffres et des arguments est déclarée entre les deux anciens partenaires de ce PPP. Mais le différend est plus profond. Alors qu’en 2016 les autorités et Veolia renégociaient le contrat de concession pour cinq ans, le gouvernement brisait en même temps le monopole de la SEEG en ouvrant le secteur de l’eau et de l’énergie à la concurrence. En avril 2016, une loi était en effet adoptée pour modifier le « régime juridique de la production, du transport et de la distribution de l’eau potable et de l’énergie électrique, qui ne prévoit que la concession comme mode de délégation de service public » pour l’ouvrir à « d’autres modes de délégation, notamment l’affermage, la régie intéressée ou la gérance. »