Direct comme à son habitude. Le Fonds monétaire international (FMI) a publié, le 8 janvier 2018, un rapport intitulé « Masse salariale de la fonction publique au Moyen-Orient et en Afrique du nord », qui a remis les pendules à l’heure. Et qui a fixé des objectifs ambitieux aux Etats de cette région pour alléger le poids de l’administration dans les comptes publics.

« Dans beaucoup de pays de la région, la masse salariale du secteur public est considérable, à la fois par rapport à leurs propres recettes et dépenses, que par rapport à ce qui est observé dans d’autres pays comparables à travers le monde. Ceci peut s’expliquer par l’ampleur de l’emploi public ou par des rémunérations excessivement élevées, ou bien encore par ces deux facteurs à la fois. Bien que disproportionnées, ces lourdes masses salariales n’ont réussi à améliorer ni la disponibilité ni la qualité des services publics indispensables pour relever les défis de développement économique susmentionnés », constate le rapport du FMI.

Agitée de troubles convulsifs depuis la révolution de 2011, la Tunisie est particulièrement dans le viseur. Le pays de 10 millions d’habitants dispose d’une administration évaluée à 650 000 fonctionnaires dont la masse salariale, qui représente 14,1% du PIB, plombe les comptes publics. « Les gouvernements successifs ont utilisé les recrutements dans le secteur public comme moyen de répartir la richesse et garantir l’appui politique… La hausse de la masse salariale, depuis 2011, constitue la principale cause de la crise des finances publiques dans le pays… La masse salariale de la fonction publique en pourcentage du PIB est parmi les plus élevées au monde », dénonce le rapport du FMI.

L’institution a obtenu du gouvernement tunisien de réduire le poids de la masse salariale des fonctionnaires à 12% du PIB d’ici 2020. Trois mesures ont été décidées par les autorités du pays dans ce but : le gel des recrutements dans la fonction publique, alors que 20 000 nouvelles recrues frappent chaque année à la porte de l’administration tunisienne. Autre mesure : une incitation aux départs volontaires de 50 000 fonctionnaires d’ici 2020. A ce jour, 4 000 dossiers ont été déposés, même si la crise économique qui frappe le pays n’incite pas à quitter l’administration. Enfin, les effectifs en surnombre dans les administrations centrales seront redéployés à l’échelon locale, notamment dans les municipalités, en sous-effectifs pour le coup, et dans les régies locales du Trésor pour recouvrer plus efficacement l’impôt.

 

Selon les estimations du FMI dans son rapport, ces mesures réduiront la facture de la masse salariale du public de près de 0,4% du PIB tunisien.

Mais dans un contexte social très tendu, le gouvernement tunisien résistera-t-il à la pression de la rue pour imposer ses mesures ? En 2015, le gouvernement avait signé un accord avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) pour la période 2015/2016. Il s’était traduit par une hausse du salaire moyen de la fonction publique de 12% en 2016, soit près de 7 points au-dessus de la moyenne de l’inflation.