Après trois mandats, le président Nkurunziza veut modifier la Constitution pour pouvoir briguer dès 2020 deux nouveaux mandats présidentiels de sept ans!

Pour financer l’élection présidentielle de 2020, les ministres burundais de l’Intérieur et des Finances ont présenté, mi-décembre, une ordonnance commune sur les modalités de collecte d’une contribution aux élections de 2020, appelant à l’occasion tous les Burundais à « remplir ce devoir hautement patriotique. »

Jusqu’en 2015, le Burundi bénéficiait de l’aide extérieure pour financer ses élections. Mais à une semaine du scrutin présidentiel de 2015, les partenaires étrangers avaient retiré leur soutien, affirmant que les conditions n’étaient pas propices pour des « élections libres, transparentes et inclusives« , qui avaient débouché sur une crise politique après la réélection controversée de Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat. Un coup de force qui aurait fait entre 500 et 2 000 victimes selon les ONG.

Conséquence? Les Burundais sont désormais sollicités « volontairement » pendant deux ans à travers une contribution qui sera versée à partir de janvier 2018. En fonction de leurs moyens. « Ils paieront leur contribution sur un compte ouvert à la Banque nationale. Ensuite, ils apporteront des bulletins de salaire au ministère de l’Intérieur », a détaillé le ministre de l’Intérieur, Pascal Barandagiye.

L’ordonnance recence trois catégories de contributeurs : les citoyens non-salariés, les fonctionnaires et les « autres« . Les citoyens non-salariés, ceux vivant de « l’agriculture ou d’un simple métier qui ne génère pas de salaire mensuel »,verseront une contribution fixe : « de 2 000 FBI (franc du Burundi, NDLR) par an (0,95 euro) par ménage et de 1 000 FBI par an (0,47 euro) pour les élèves et les étudiants en âge de voter. »

La contribution des fonctionnaires sera déterminée en fonction du salaire. Ceux qui touchent jusqu’à 50 000 FBI (23,76 euros) contribueront 500 FBI (0,23 euro) par mois. Ceux dont le salaire est compris entre 50 001 et 100 000 FBI (47,58 euros) donneront une contribution mensuelle de 1000 FBI.

La contribution s’élèvera à 2 000 FBI chaque mois pour ceux dont le barème salarial est entre 100 001 et 200 000 FBI (95,17 euros) et de 5 000 FBI (2,37 euros) pour celui situé entre 200 001 et 500 000 FBI (237,95 euros). Entre 500.001 et un million de FBI, la contribution sera de 30 000 FBI (14,27 euros) par mois. Pour ceux dont le salaire est supérieur à un million de FBI, leur contribution sera d’un mois de salaire par an.

La catégorie « autres » regroupe les entreprises, les sociétés, les confessions religieuses, les associations sans but lucratif, les commerçants, les Burundais de la diaspora, les ONG, etc. « Leur contribution sera guidée par leur propre volonté et par le sens patriotique de chaque contributeur« , indique de manière très floue l’ordonnance.

« Cette contribution devrait être faite volontairement, elle ne devrait pas être considérée comme une taxe… Nous sommes convaincus que tout le monde contribuera« , a déclaré le ministre de l’Intérieur Pascal Barandagiye. Pour ce dernier, la contribution aux élections de 2020 est conforme à l’article 71 de la Constitution, qui appelle tous les Burundais à contribuer à la promotion de la démocratie. « Si, par hasard, il y a quelqu’un qui veut faire une exception, il pourra l’exprimer officiellement par écrit en adressant une lettre au ministre de l’Intérieur expliquant les raisons de son incapacité à le faire », a précisé le ministre de l’Intérieur…

L’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économique (Olucome), l’une des principales ONG burundaises militant pour une bonne gouvernance, a dénoncé auprès de l’AFP « un véritable impôt qui ne dit pas son nom, qui est totalement injuste et illégal et qui est tout, sauf volontaire« . C’est du « vol organisé« , a surenchérit le président de l’Olucome, Gabriel Rufyiri, une figure de la société civile qui vit aujourd’hui en exil.

Gabriel Rufyiri a appelé la population à ne pas payer cette contribution.  » La loi budgétaire pour 2017 a prévu plus de 7 milliards de BIF (3,33 millions d’euros, NDLR) pour la préparation des élections. La loi de finances pour 2018 prévoit également 7 milliards de BIF pour le processus électoral de 2020. À quoi serviront les contributions de ces personnes? « , s’est-il intérrogé.

Au Burundi, le revenu national brut par habitant s’élevait à 280 dollars en 2016, et près de 65% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon les données de la Banque mondiale. Appelant les Burundais à financer à 100% les élections de 2020, le président burundais Pierre Nkurunziza a lancé la campagne de contribution « volontaire » en déposant 5 millions de FBI (2 400 euros) en liquide. Et dès le lendemain de la publication de l’ordonnance, le ministère de l’Intérieur lançait une campagne pour un référendum sur la réforme de la Constitution qui pourrait avoir lieu début février. Cette réforme prévoit que le président Nkurunziza, qui a décroché un troisième mandat controversé en 2015, pourrait briguer dès 2020 deux nouveaux mandats présidentiels de sept ans!