Luzolo Bambi Lessa, conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de lutte contre la corruption.

A trois jours près, le coup était retentissant. Parfait, combinant action et réflexion. Malgré tout, Luzolo Bambi Lessa a frappé fort, salué comme un héros par la presse congolaise. Car si les services du conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de lutte contre la corruption, la fraude et le blanchiment d’argent, ont laissé filer le 9 décembre, la journée internationale de lutte contre la corruption, pour agir, ils ont réalisé à Kinshasa un exceptionnel coup de filet, le 12 décembre, conduisant à l’arrestation de plusieurs hauts cadres et dirigeants de la fonction publique. Une première dans la capitale congolaise.

La direction des recettes de Kinshasa (DGRK) a été particulièrement frappée par cette opération mains propres surprise. Avec six de ses hauts cadres sous les verrous. Les inspecteurs de police judiciaire rattachés au conseiller spécial du chef de l’Etat ont ainsi arrêté le directeur général des recettes de Kinshasa (DGRK), son adjoint, ainsi qu’un directeur de brigade, un inspecteur fiscal et deux chefs de bureaux. Ces six fonctionnaires sont accusés de faux en écriture, de corruption et de détournements de biens publics évalués en millions de dollars.

De manière inhabituelle en RD Congo, les policiers ont poursuivi leur traque. Le même jour, ils ont interpellé le secrétaire général de l’Urbanisme et de l’Habitat et le conservateur des titres immobiliers de la Gombe pour spoliation et vente à prix cassés d’une dizaine d’immeubles de l’Etat, principalement à Kinshasa, notamment l’immeuble UAC, cédé 3,4 millions d’euros.

Avec la complicité de la société Zenit, ces deux hauts cadres sont également suspectés de non exécution de travaux et de détournement de fonds avec le dirigeant de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT). Ils auraient ainsi subtilisé à leur profit les fonds alloués à la construction de passerelles pour les piétons sur le boulevard Lumumba, en plein centre de la capitale, en direction de l’aéroport international de Ndjili. Or la traversée de ce boulevard, très dangereuse, occasionne plusieurs décès par jour.

Ces arrestations font suite à la saisine du procureur général de la République par Luzolo Bambi Lessa en août 2017, à la suite d’une longue enquête au contenu demeuré confidentiel. A cette occasion, le conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de lutte contre la corruption, la fraude et le blanchiment d’argent avait d’ailleurs indiqué de manière très laconique que cette enquête visait de hauts fonctionnaires de l’Etat, des mandataires publics, des opérateurs économiques nationaux et étrangers, des banquiers et même de cadres de la Banque Centrale du Congo. Le compte n’y est pas. Donc d’autres inculpations sont attendues.

Luzolo Bambi Lessa et ses limiers sont partis en croisade contre la corruption et les détournements fonds, qui représente un manque à gagner pour le Trésor évalué chaque année, par son service, entre 8,5 et 13 milliards d’euros. Selon la presse congolaise, leurs investigations porteraient aussi désormais sur la gestion de la taxe d’un montant de 5 dollars perçue sur chaque voyageur à l’aéroport international de Ndjili. Une enquête qui pourrait conduire à l’arrestation des plusieurs responsables de la ville province de Kinshasa.