L’investiture d’Emmerson Mnangagwa, le 24 novembre 2017.

Où va le Zimbabwe ? Investi président de la République par intérim, Emmerson Mnangagwa, numéro 2 de Robert Mugabe pendant des années, a dissous le gouvernement de son prédécesseur pour confier temporairement deux portefeuilles clés à… deux personnalités du parti au pouvoir, la Zanu-PF, qui sont aussi deux anciens ministres du chef de l’Etat démissionnaire, écarté du pouvoir dans la nuit du 14 au 15 novembre.

Emmerson Mnangagwa a ainsi nommé Patrick Chinamasa à la tête du ministère des Finances, un portefeuille qu’il avait déjà occupé sous le régime Mugabe. Ce n’est que lors du remaniement en octobre dernier qu’il avait été affecté au ministère de la Cybersécurité.

De son côté, Simbarashe Mumbengegwi a hérité du ministère des Affaires étrangères. Il était chargé de la Planification macroéconomique dans le dernier gouvernement Mugabe, mais il avait déjà occupé le poste de ministre des Affaires étrangères par le passé.

Ces deux nominations ne rassurent pas franchement les Zimbawéens sur la volonté de changement d’Emmerson Mnangagwa. Le nouvel homme fort de Harare a expliqué que ces deux nominations permettaient « d’assurer la continuité de ministères essentiels«  et lui laissaient aussi le temps de former un nouveau gouvernement.

Dans ce but, le nouveau président Mnangagwa a convoqué aujourd’hui, en début d’après-midi, les directeurs de cabinet de tous les ministères. Un signe qui devrait préfigurer l’annonce de la composition d’un nouveau gouvernement, qui sera, anticipent les observateurs, largement composés de ministres qui ont déjà servi sous Robert Mugabe.

En effet, la population redoute qu’Emmerson Mnangagwa maintienne au pouvoir la nomenklatura qui a régné sur le Zimbabwe pendant des décennies et qu’il ne se révèle pas un ardent défenseur de la démocratie, comme il l’a pourtant promis. Surnommé le « crocodile », pour son caractère inflexible, Emmerson Mnangagwa est accusé d’avoir joué un rôle-clé dans la mise au pas du pays sous l’ancien régime. Dès l’indépendance du Zimbabwe en 1980, le président déchu, Robert Mugabe, lui confiait des ministères clés (Défense, Finances…). Chef de la Sécurité nationale, Emmerson Mnangagwa a dirigé la forte répression en 1983, qui aurait fait des milliers de victimes, dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre).

L’ancien vice-président de Rober Mubabe, a ainsi décrété, quelques jours après avoir prêté serment, que le 21 février serait un jour férié pour honorer « le jour anniversaire de l’ex-président zimbabwéen Robert Mugabe », et saluer ainsi le « père de la nation« et « son immense contribution à la construction » du pays.

Si Emmerson Mnangagwa bénéficie largement du soutien des militaires, sa marge de manœuvre est réduite. Il « hérite » d’un pays exangue, ruiné, avec la chute des cours de matières premières et la sécheresse. 90% de la population est au chômage. Lassés, les Zimbabwéens sont avides de réformes pour redresser l’économie, créer des emplois et instaurer la démocratie.

Le premier gouvernement formé par Emmerson Mnangagwa dans les jours à venir donnera une première idée de ses intentions réelles.