Le gouvernement du président du Ghana, Nana Akufo-Ado, élu en 2016, compte plus de 100 ministres.

Comment partout ailleurs sur la planète, un candidat à la présidence de la République promet toujours, pendant la campagne électorale, de diriger le pays avec un gouvernement restreint lorsqu’il sera élu. Qu’en est-il dans la pratique en Afrique de l’ouest ? Est-ce comme souvent le cas de par le monde, c’est la première promesse non tenue par les chefs de l’Etat ?

Au Bénin, le candidat Patrice Talon avait promis une réduction du train de vie de l’Etat durant la campagne présidentielle ainsi que lors de sa cérémonie d’investiture. Elu président du Bénin le 6 avril 2016, il disposait d’un premier gouvernement de 21 membres. Environ dix-huit mois plus tard, Patrice Talon procèdait à un remaniement ministériel : son gouvernement grimpait à 24 ministres et un ministre d’Etat. Un accroissement du nombre de ministres qui a été immédiatement dénoncé par les opposants.

De même au Togo, où l’on assiste à une légère inflation ministérielle. A la suite de sa réélection en avril 2015 pour un deuxième mandat, Faure Gnassingbé s’appuie sur le gouvernement du Premier ministre Selom Komi Klassou qui compte alors 23 ministres. Lors du remaniement d’août 2016, l’équipe gouvernementale passe à 25 ministres. Ce qui n’apaisera pas pour autant les tensions qui agitent le pays.

Cette tendance a faire grossir les gouvernements est-elle naturelle ? Inévitable ? Dans ce domaine, le Cap vert fait figure de modèle, servi il est vraie par sa taille modeste. Après les législatives de mars 2016, le Premier ministre José Ulisses Correa E Silva a formé un gouvernement de douze ministres et aucun secrétaire d’Etat. De fait, le Premier ministre gère également en direct les portefeuilles de la Réforme de l’Etat et de la Décentralisation. Par ailleurs, les ministères des Affaires étrangères et de la Défense ainsi que ceux de la Justice et du Travail ont été regroupés. « C’est réduit pour permettre une bonne coordination politique, une bonne coordination aussi des actions sous l’administration pour l’exécution de notre programme de gouvernance. Moins de ministres, plus de coordination et plus d’efficacité », avait justifié le Premier ministre en présentant son gouvernement.

En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a procédé à trois remaniements ministériels depuis sa réélection à un second mandat en octobre 2015. Le premier, en janvier 2016, débouche sur un gouvernement composé de 36 ministres. Le second intervient en janvier 2017, le gouvernent compte alors 28 ministres dont un secrétaire d’Etat. Enfin, le remaniement « technique » surprise du 19 juillet 2017 consiste en un jeu de chaises musicales entre ministres qui échangent leur portefeuille et dans un contexte politique et sécuritaire tendu depuis le début de l’année. L’équipe governementale reste néanmoins à 28 ministres et compte également un ministre d’Etat et deux secrétaire d’Etat.

En matière d’effectif de l’équipe gouvernementale, le Nigeria affiche également une forme de stabilité. Elu en mars 2015, Muhammad Buhari s’appuie toujours sur un gouvernement composé de 36 ministres.

De son côté, le Sénégal de Macky Sall, qui a changé son gouvernement à cinq reprises depuis son élection en 2012, a fait illusion un temps, avant de voir le nombre de ses ministres s’étoffer fortement. Le premier gouvernement de Macky Sall, nommé en avril 2012, comptait 25 ministres. Le deuxième, composé six mois plus tard, en comptait déjà 30. Le troisième gouvernement formé en septembre 2013 restait relativement stable, avec 31 ministres et un ministre délégué. La situation dérape vraiment après. Le premier gouvernement de Mahammed Boun Abdallah Dionne, composé en juillet 2014, grimpe à 39 ministres dont trois ministres délégués et six secrétaires d’Etat. Et en septembre 2017 le gouvernement Dionne II compte toujours 39 ministres, mais Macky Sall a également nommé de son côté nommé 39 ministres-conseillers. Soit près de 80 personnalités pouvant se prévaloir du titre de ministre au Sénégal !

En Afrique de l’ouest, le Niger figure également parmi les mauvais élèves. Les deux gouvernements de Mouhamadou Issouffou, depuis sa réélection en mars 2016, compte chacun un nombre impressionnant de 42 ministres ! Mais dans la région, la palme revient sans doute au Ghana. Encore dans l’opposition, Nana Akufo-Ado avait dénoncé l’inflation de ministres dans les gouvernements qu’il combattait, les surnommant « gouvernement éléphant. » Arrivé au pouvoir en décembre 2016, Nana Akufo-Ado oubliait ses critiques et marchait dans les pas de ses prédécesseurs, avec une équipe gouvernementale de 40 ministres -dont 4 ministres d’État-, de 50 ministres délégués et de 20 ministres régionaux ainsi que leurs suppléants ! Nana Akufo-Ado avait justifié la taille de son « gouvernement éléphant » en expliquant qu’il fallait « avoir des hommes et des femmes capables de servir les intérêts de la nation et de travailler à la croissance de l’économie.» Une pléthore de ministres dans un gouvernement ne nuit-elle pas l’efficacité de l’action gouvernementale ?